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Le fils de l’homme invisible – François Berléand

Le fils de l'homme invisible - François Berléand dans François Berléand F.-Berl%C3%A9andLe fils de l’homme invisible – François Berléand

Un soir, lors d’un dîner avec des amis, il suffit que le père de François, un peu ébréché, dise « De toute façon, toi, tu es le fils de l’homme invisible » pour que ce dernier soit persuadé dès cet instant qu’il est véritablement le fils de l’homme invisible (la série télévisée) et donc qu’il devrait, lui aussi, être invisible. Cette idée l’enchante énormément. Il va alors s’acharner à s’observer constamment dans les miroirs espérant qu’il ne verrait pas son reflet et ne comprend pas pourquoi il parvient toujours à voir son image, et cela l’agace sévèrement. Il finit même par penser que ses parents ont fait installer des miroirs spéciaux à son attention. S’ensuit alors une adolescence douloureuse pour le petit François.

Je ne connais pas bien François Berléand, je l’avoue, mais la quatrième de couverture m’a donnée envie de lire la biographie de l’acteur. Une phrase tout-à-fait anodine de son père a répercuté d’une manière totalement inattendue sur l’enfant qu’il était. Cette naïveté de croire qu’il était réellement invisible cachait un problème psychologique important et cela ne l’a pas aidé au quotidien, notamment quand il est en classe et qu’il adopte un comportement anormal.

J’ai bien aimé cet ouvrage que j’ai lu d’une traite quasiment. On est attendri par la sensibilité de l’enfant, on a envie de le protéger, notamment de son imagination débordante. Sa mère, plein de douceur et d’amour, aide son fils à sa façon, mais il aurait fallu que François parle, exprime ce qu’il ressent, dise ce qui lui fait mal. D’où la nécessité de bien choisir son vocabulaire quand on s’adresse à un enfant, et quand on fait de l’humour, de bien s’assurer que ce dernier n’interprète pas nos paroles dans un autre sens.

Le récit est à la première personne du singulier, l’auteur raconte avec ses mots d’enfant, et d’ordre général, le livre est agréable à lire.

Millénium 3 : La reine du palais des courants d’air

Millénium 3 : La reine du palais des courants d’air dans Stieg Larsson stiegMillénium 3 : La reine du palais des courants d’air

A son réveil, Lisbeth Salander a constaté qu’elle se trouvait dans un l’hôpital et elle venait de subir une intervention chirurgicale. Le Dr Anders Jonasson a du extraire la balle qui était restée dans le crâne de Lisbeth. Elle a appris qu’Alexander Zalachenko, son père, grièvement blessé lui-aussi, se trouvait dans le même hôpital et en plus dans l’une des chambres à proximité de la sienne. Elle était accusée de coups et blessures aggravés et tentative d’assassinat envers son père.
 
Mikael Blomvist, avec l’aide de Dragan Armanskij, PDG de l’entreprise de sécurité Milton Security, ancien employeur de Lisbeth, vont tenter de prouver que cette dernière a été victime d’une série d’abus judiciaires qui ont commencé quand elle était encore enfant, à l’âge de 12 ans précisément. En effet, ils découvrent petit à petit que leur protégée a été et est toujours victime d’un terrible complot de la part de La Section, une sorte de micro-organisation au sein de la Sapo (Police de la Sûreté). Les collaborateurs de La Section cherchent à tout prix d’effacer tous les crimes qu’ils ont commis jusqu’à présent et ils disposent des moyens matériels et financiers pour parvenir à leur fin, et s’il faut supprimer certaines personnes au passage, aucun problème pour eux de liquider les gênants, comme par exemple entre autres Mikael Blomvist . Vis-à-vis de Lisbeth Salander, leur objectif principal est surtout de la faire interner, une fois encore, dans un hôpital psychiatrique, et ce, avec l’aide du Dr Peter Teleborian, psychiatre.
 
Stieg Larsson était vraiment un excellent auteur. J’ai encore passé un très agréable moment à lire « La reine du palais des courants d’air ». L’histoire est passionnante, l’intrigue est bien menée, le rythme est soutenu, un vocabulaire riche et simple en même temps. Une fois qu’on a commencé la lecture, on n’a plus du tout envie de faire des pauses tellement on est pris dans les aventures de Mikael Blomvist et de Lisbeth Salander.
 
D’ailleurs, les héros du roman sont toujours très attachants. On fait la connaissance dans « Millenium 3 » avec le gentil et compréhensif Dr Anders Jonasson qui sait se montrer très professionnel. On s’attache aussi aux policiers Jan Blublanski et Sonja Modig, ou encore le commissaire Torsten Edklinth et son assistante Rosa Figuerola. Annika Giannini, la sœur de Mikael Blomvist, avocate de métier, va représenter Lisbeth, et je me suis régalée avec le procès de celle-ci. Annika Giannini s’est montrée impitoyable envers le Dr Teleborian.
 
Vraiment, je conseille de lire les trois tomes de Millenium.

Millénium 2, La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette – Stieg Larsson

Millénium 2, La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette -  Stieg Larsson dans Stieg Larsson La-fille-qui-r%C3%AAvait-dun-bidon-dessenceMillénium 2, La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette -  Stieg Larsson

Cela fait un an que Mikael Blomvist n’a pas revu Lisbeth Salander, car cela fait un an que cette dernière refuse catégoriquement de le revoir et il ignore la raison. Et le jour où il la croise par hasard au détour d’un chemin à une heure tardive de la soirée, il assiste en direct à une violente agression dont Lisbeth fait l’objet. On tente de la supprimer, mais qui ?
Parallèlement, le revue Millénium programme de publier un article et un livre qui risqueraient de faire du grand boucan, un peu comme avec l’affaire « Wennerström » (cf. voir « Millénium 1, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes »). En effet, le sujet traité se portera sur le commerce du sexe et les abus qui se rapportent à celui-ci. Leurs auteurs, Dag Svennson et Mia Bergman, avec l’accord de Mikael Blomvist,  comptent bien dénoncer et nommer les michetons dont la plupart sont des « personnalités » (hauts fonctionnaires,  avocats, journalistes, juge…).
Des assassinats vont avoir lieu et Lisbeth Salander va être accusée d’un triple meurtres. La police va la pourchasser, la traquer… et les médias vont s’acharner sur elle. Elle va bientôt faire la Une de tous les journaux. Seul Mikael Blomvist est persuadé qu’elle n’est pas coupable et va tenter de prouver son innocence, surtout qu’il a une grande dette envers elle (cf. Millénium 1). Mais Lisbeth est-elle réellement innocente ? En tout cas, nous savons que Lisbeth ne manque pas de ressources (financièrement et intellectuellement) et la rechercher ne veut pas dire la trouver.
J’ai pris encore plus de plaisir à lire « Millénium 2, La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette » que le premier tome. J’ai remarqué que dans ce roman, il y a davantage d’actions, de suspense, les événements se succèdent sans qu’on ait le temps de souffler, le rythme est plus accéléré. On ne s’ennuie pas.
Ce qui est étonnant dans cette histoire, c’est que les deux personnages principaux, Mikael Blomvist et Lisbeth Salander en l’occurrence, vivent leurs aventures chacun de leur côté et ne vont pas avoir l’occasion de se voir physiquement durant quasiment tout le long du roman. On apprécie de les retrouver tous les deux, Mikael, toujours entêté, s’impliquant toujours aussi ardûment dans la tache, et Lisbeth, toujours aussi fascinante et surprenante. J’adore toujours autant lire les chapitres la concernant.
J’ai hâte de découvrir « Millénium 3, La reine du palais des courants d’air » et je sais par avance que je ne serais pas déçue.

Millénium 1, les hommes qui n’aimaient pas les femmes – Stieg Larsson

Millénium 1, les hommes qui n'aimaient pas les femmes -  Stieg Larsson dans Stieg Larsson millenium-1Millénium 1, les hommes qui n’aimaient pas les femmes -  Stieg Larsson

Tous les ans sans exception depuis une quarantaine d’années, le vieil industriel à la retraite Henrik Vanger reçoit à la date de son anniversaire un cadre avec une fleur séchée à l’intérieur. C’est une vraie torture morale et psychologique pour lui car cela lui rappelle la disparation sans laisser de traces de sa chère nièce Harriet. Il ignore totalement ce qui a pu lui arriver malgré les enquêtes minutieuses de la police des années plus tôt. Henrik pense qu’elle a probablement été assassinée, et ce par quelqu’un de sa propre famille, il en est en tout cas persuadé. Il souhaite faire une dernière tentative pour connaître la vérité de cet événement tragique en faisait appel à Mikael Blomkvist, rédacteur de Millenium (revue d’investigations sociales et économiques), qui vient d’ailleurs de perdre un procès en diffamation. Celui-ci relance donc l’enquête et il aura la chance de recevoir l’aide bien précieuse de Lisbeth Salander, une jeune femme perturbée et carrément rebelle et asociale, certes, mais elle est drôlement efficace et compétente dans son domaine.

Je viens de terminer « Millénium 1, les hommes qui n’aimaient pas les femmes » et je crois que c’est un de mes thrillers favoris. Je me suis régalée du début jusqu’au dénouement, Stieg Larsson est un super auteur suédois que je viens de découvrir et c’est bien dommage qu’il nous ait quittés si tôt. L’histoire est passionnante et le personnage de Lisbeth Salander est fascinant. D’ailleurs, c’est selon moi l’héroïne la plus fascinante et la plus énigmatique de toutes les héroïnes des romans que j’ai pu lire jusqu’à présent. Elle nous surprend sans arrêt, j’adore lire les passages la concernant. Oui, elle est bien surprenante cette Lisbeth !

Mikael Blomkvist, quant à lui, est une personne honnête, intègre, et qui ne se laisse pas corrompre par l’argent ou autre élément de ce genre. Il réagit par rapport à sa conscience et à son coeur, et on s’attache bien à son personnage. On suit ses aventures et mésaventures avec beaucoup d’intérêt. On ressent aussi de la sympathie pour Henrik Vanger qui espère tant savoir la vérité sur sa nièce qu’il aimait tant. Gravitent autour de ces trois personnages principaux : Erika Berger (collaboratrice de Mikael et aussi sa meilleure amie), Dirch Frode (avocat de Henrik Vanger), Dragan Armanskij (l’employeur de Lisbeth), Martin Vanger (le frère de Harriet) ou encore Cécilia Vanger (la cousine de Harriet), etc. Avec tous ces protagonistes, on obtient un large éventail de personnalités et de caractères aussi divers et variés les uns que les autres. Par contre, on s’y perd facilement dans la grande famille Vanger, entre les différentes générations.

Une très bonne intrigue au sein d’une grande famille industrielle : mensonges, trahisons, obsessions, hypocrisie, violences, inceste, crimes… Tout y passe ! Un triller qu’on dévore sans modération. On parcourt les pages avec un très grand plaisir.

 

 

Miso Soup – Ryû Murakami

Miso Soup - Ryû Murakami dans Ryû Murakami Miso-Soup-Ry%C3%BB-MurakamiMiso Soup – Ryû Murakami

Le roman met en scène 2 protagonistes, un touriste américain nommé Franck et son guide japonais Kenji. L’histoire se déroule à Kabukichô, un quartier de plaisirs de Tokyo. Franck souhaite vivre de nouvelles sensations à l’approche du nouvel an. Si Kenji savait sur qui il allait tomber, il n’aurait sans doute pas accepté de travailler pour ce Franck, un vrai mythomane. En effet, Franck ment sans cesse, il se contredit tout le temps. Kenji quant à lui, réalise que Franck est peut-être l’auteur de l’assassinat de l’étudiante qu’on parle dans les journaux, car quelque chose ne va pas chez ce dernier. Franck est-il vraiment un tueur et non un simple touriste ? Cet Américain à l’allure passe-partout est-il vraiment dangereux ?

Cet ouvrage ne ressemble pas à ceux dont j’ai l’habitude de lire, car j’avoue que je ne lis pas non plus beaucoup de livres japonais, encore moins quand ceux-ci contient des passages crus qui peuvent mettre mal à l’aise. Mise à part cela, c’est un roman fort original, j’aime bien. Il y a une bonne intrigue, on a envie de poursuivre constamment la lecture et Ryû Murakami a réellement un esprit critique. L’esprit global de l’ouvrage est que l’auteur souhaite décrire une société japonaise qui décroît, une société pas du tout comme celle que nous connaissons tous, pas le « Tokyo » arborant ses hautes buildings et ses travailleurs en costumes-cravates, ou encore sa technologie avancée. Au contraire, Ryû Murakami nous peint une fresque plutôt morose, une sorte de déchéance du Japon, le « Kabukichô » où pullulent des établissements à caractère sexuel voire pornographie.

Sinon, on s’attache bien aux deux personnages, à Kenji bien entendu, car il est formidable. Malgré un travail certes pas très valorisant, voire douteux, il est au final très sérieux et professionnel. Ce n’est pas quelqu’un de pervers ou porté sur le sexe, il a sa copine qu’il aime et semble fidèle. Accompagner les touristes sexuels est juste un moyen pour lui de subvenir à ses besoins.

Quant à Franck, il est énigmatique, on se demande constamment qui est vraiment cet homme. On est souvent décontenancé par ses attitudes étranges, par ses histoires rocambolesques. Franck nous inspire différents sentiments : de la sympathie, de la pitié, de l’appréhension, de la peur… Une personne assez surprenante, tout comme le roman lui-même.

Maléfices – Maxime Chattam

Maléfices – Maxime Chattam dans Maxime Chattam MaléficesMaléfices – Maxime Chattam

Portland est en panique. En effet, d’une part, des personnes meurent des morsures d’araignées venimeuses et le nombre de décès est suffisamment important pour laisser supposer qu’il s’agit d’un acte criminel. D’autres part, des jeunes femmes sont retrouvées mortes suspendues et enveloppées dans de la soie d’araignées, avec une grimace de terreur gravée à tout jamais sur leur visage. Il existe sans aucun doute un rapport entre ces deux phénomènes.

L’enquête débute donc pour Joshua Brolin, ex agent du FBI et ex inspecteur de police de Portland et de ses deux amis flics, Larry Salhindro et Anabel O’Donnel. C’est la course poursuite qui commence pour ces derniers et leur équipe, dans l’espoir de démasquer le plus rapidement possible ce tueur en série qui sévit sans scrupule. Le plus étonnant est que celui-ci parvient à chaque fois à agresser l’épouse alors que le mari dort à juste côté. Mais comment procède-t-il ? Quel est son secret ? Comment choisit-il ses victimes ?

Avec « Maléfice », Maxime Chattam signe ici son dernier roman de la « Trilogie du mal« , après « l’Ame du mal » et « In Tenebris » (cf. voir mes commentaires ci-dessous). Il nous emmène une fois de plus dans une aventure terrifiante où le côté malfaisant de l’être humain se révèle de nouveau. Le suspens est bien présent tout le long du thriller et on prend beaucoup de plaisir à lire l’ouvrage. Certains passages font frissonner, il faut s’accrocher… Sinon, l’auteur n’abuse jamais des descriptions qui durent des kilomètres de pages, et par conséquent, on ne s’ennuie pas.

Nous avons l’agréable surprise de retrouver la belle Annabel qu’on apprécie bien, beaucoup même, elle est détective à New York et elle participe à cette enquête auprès du beau Joshua Brolin. On espère tout le temps qu’il se passe quelque chose entre ces deux protagonistes. Sont-ils prêts à partager entre eux autre chose que leur métier ?

 

L’exposition à la télévision retarde le développement de l’enfant de moins de 3 ans

Interview de Serge Tisseron dans le journal Le Monde le 17/11/2009 : « L’exposition à la télévision retarde le développement de l’enfant de moins de 3 ans »

L’intégralité du débat avec Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste, auteur du livre « Les Dangers de la télé pour les bébés« , vendredi 20 novembre

Paul : Quelles sont les conséquences physiologiques d’une exposition d’un enfant de moins de trois ans devant la télé ?

Serge Tisseron : Aujourd’hui, les conséquences physiologiques d’une consommation de télévision chez l’enfant de moins de 3 ans ne sont pas mesurées. En revanche, plusieurs études américaines montrent que la télévision chez l’enfant de moins de 3 ans ne favorise pas le développement et même peut le ralentir.

Papiluc : choisir d’interdire est-ce partir sur de bonnes bases ?

 Serge Tisseron : Il faut bien distinguer ce qui se passe avant 3 ans et ce qui se passe après 3 ans. Avant 3 ans, les seules interactions dont l’enfant profite sont les interactions en vis-à-vis avec un autre humain ou avec les jouets qu’il manipule. La télévision n’apporte rien à l’enfant parce qu’elle n’est jamais interactive. En revanche, après 3 ans, le problème est plus de cadrer la durée d’écran à une heure ou une heure et demie par jour ; d’inviter l’enfant à choisir les programmes qu’il a vraiment envie de voir ; et l’inviter à parler de ce qu’il voit pour créer des interactions autour de ce qu’il a regardé. 

Françoise : Quelle durée d’exposition préconisez-vous à partir de trois ans ? Est-ce différent selon les âges ?

 Serge Tisseron : Entre 3 et 5 ans, un enfant ne bénéficie pas d’une consommation d’écran au-delà d’une heure ou une heure et demie. Son attention ne peut pas être maintenue si longtemps. A partir de 6 ans, deux heures par jour sont bien suffisantes. Mais n’oublions pas qu’il s’agit de temps d’écran qui doit prendre en compte le temps de télévision et le temps de console de jeux. Si un enfant a deux heures d’écran par jour, il peut regarder deux heures la télévision ou bien jouer deux heures aux jeux vidéo, mais il faut évidemment éviter qu’il ait quatre heures en tout. Il faut donc passer un contrat avec l’enfant qui précise son temps d’écran et lui laisser l’aménager comme il veut dans la journée et en fonction des supports. C’est une manière de l’inviter à choisir et à exercer sa liberté. 

Amandine : La télévision chez l’enfant de moins de 3 ans ne favorise pas le développement quand c’est à haute dose. Mais la regarder comme on fait une autre activité est-ce vraiment problématique ? 

Serge Tisseron : Il existe deux types d’études sur les conséquences de la télévision chez le jeune enfant. Les premières montrent que l’enfant qui regarde la télévision développe plus lentement l’acquisition du langage ; et les secondes montrent qu’un bébé qui joue dans une pièce où un téléviseur est allumé a des périodes de jeu moins longues. Or, la durée des jeux spontanés d’un bébé est le meilleur indicateur de son développement futur. C’est pourquoi les chercheurs déconseillent même actuellement de faire jouer un bébé dans une pièce où un téléviseur est allumé. 

Greg : J’ai une fille de 14 mois et il nous arrive de lui faire regarder « Bébé Einstein » de Disney. Elle semble hypnotisée pas ce genre de DVD. Quels sont pour vous les dangers de ce genre de DVD éducatif ? 

Serge Tisseron : Il y a quelques mois, un parent américain a porté plainte contre le fabricant de ce DVD « Baby Einstein » parce qu’il avait lu dans des journaux que des chercheurs américains avaient montré que ce genre de DVD retarde les acquisitions. Le procès a été jugé. Les partisans et les défenseurs de ce DVD ont été entendus. Et le jugement a été sans appel : les fabricants de « Baby Einstein » ont été condamnés pour publicité mensongère et sont actuellement obligés de rembourser le prix du DVD, c’est-à-dire 17 dollars, à tous les parents américains qui en font la demande. 

Digne : Quelle est l’alternative si on décide d’interdire l’enfant de moins de 3 ans de télé ? 

Serge Tisseron : Demandez à votre grand-mère ! Un bébé de moins de 3 ans peut jouer tout seul en présence d’un adulte qui fait autre chose à condition que cet adulte prenne tous les jours un petit moment pour accompagner jeu du bébé et le renforcer

Helene : Regarder la télé favorise-t-il le syndrome d’hyperactivité chez les enfants ? 

Serge Tisseron : Ce qu’on appelle le syndrome d’hyperactivité est quelque chose de très précis et aucun lien avec la consommation de télévision n’a été démontré à ce jour. En revanche, il est certain que la consommation de télévision excite l’enfant sans jamais le calmer et peut donc provoquer des troubles de la concentration et de l’attention dans les moments qui suivent. C’est pour cela qu’il vaudrait mieux qu’un enfant ne regarde pas la télévision le matin avant d’aller à l’école et le soir, juste avant de se coucher

Aline : J’ai 20 ans et j’ai grandi sans la télé… Mais avec une souris au bout de la main, j’ai très tôt appris à utiliser un ordinateur (avec des logiciels comme Adibou, etc.). Que pensez vous des ordinateurs ? Est ce aussi mauvais que la télévision ?  

Serge Tisseron : Le slogan « pas d’écran avant 3 ans » ne concerne pas seulement la télévision mais toutes les formes d’écran. Bien sûr, un enfant peut bénéficier d’un accompagnement exceptionnel dans sa découverte de DVD ou de jeux sur ordinateur, mais c’est l’exception. La règle est qu’il vaut mieux éviter les écrans d’ordinateurs avant 3 ans autant que l’écran de télévision L’avantage de l’ordinateur est d’être interactif, mais son inconvénient est qu’il oblige l’enfant à suivre des modifications sur un écran vertical alors que sa main se déplace sur un plan horizontal. Très souvent, le bébé regarde sa main ou bien il regarde l’écran, mais la plupart des jeunes enfants n’arrivent pas à faire le lien entre les deux. Et c’est normal pour la plupart d’entre eux. Il vaut donc mieux éviter de proposer cette activité aux jeunes enfants : elle n’est pas adaptée à leur développement pour la plupart et les parents des enfants qui n’y arrivent pas risqueraient de s’inquiéter inutilement. 

Marie : Le problème est-il le même si l’enfant regarde des dessins animés sur écran d’ordinateur ? 

Serge Tisseron : Avant l’âge de 3 ans, il n’existe aucune différence dans les réactions d’un enfant quels que soient les programmes qu’on lui présente. A partir de 3 ans, l’enfant commence à repérer des petites séquences narratives dans les programmes qu’il regarde et il vaut donc mieux qu’il ait quelques DVD à sa disposition plutôt que de regarder la télévision. Il peut ainsi choisir le dessin animé qu’il a envie de regarder et, en le visionnant plusieurs fois, il peut comprendre petit à petit le scénario. Les parents peuvent également, si l’enfant regarde des DVD, parler plus facilement avec lui de ce qu’il regarde, puisqu’ils peuvent les regarder eux aussi. 

Algue : Comment les bébés perçoivent-ils la télévision ? Peuvent-ils « comprendre » certains contenus ? 

Serge Tisseron : Nous n’avons pas aujourd’hui une image précise de la façon dont les bébés voient les images, ni même le monde environnant. Il est certain, en revanche, que la plupart des objets représentés sur les écrans ne signifient rien pour eux. Il est clair aussi qu’ils ne perçoivent pas les enchaînements narratifs. Mais ils sont très sensibles aux variations de lumière, de couleurs et de plan : ils peuvent d’ailleurs être effrayés par un changement brutal de plan qu’un adulte ne remarque même pas. Lorsque l’on met un bébé devant un écran, on observe deux choses : tout d’abord ceux qui ne s’écartent pas pour faire autre chose sont fascinés et ils essaient de répéter les actions qu’ils voient accomplies sur l’écran. Mais ces deux attitudes correspondent à ce qui se passe quand un enfant est avec un adulte qui s’occupe de lui. Et la différence, c’est que là, l’imitation correspond à un apprentissage réel parce qu’elle est en situation. L’imitation par un bébé de ce qu’il voit sur l’écran est complètement coupée de sa vie réelle et ne peut que brouiller ses repères. 

Guest : Ma voisine rend la télé responsable de la dyslexie de sa fille de 9 ans. Petite, elle serait trop restée devant la TV à cause de graves problèmes de santé de la mère. Pouvez-vous confirmer un tel effet à long terme, suite à une exposition prolongée et trop précoce ? 

Serge Tisseron : Aucune recherche ne démontre à ce jour un lien entre la dyslexie et l’exposition à la télévision. En fait, la seule chose que nous savons, c’est que l’exposition à la télévision retarde le développement du bébé ; et probablement, elle peut majorer des difficultés qui existaient par ailleurs, mais qu’elle n’a pas produites. C’est pour cela qu’il n’existe pas un symptôme précis qu’on pourrait appeler « symptôme de l’exposition excessive à la télévision ». Mais, comme elle gêne le développement, elle peut probablement aggraver tous les troubles qu’un enfant peut présenter : troubles du sommeil, troubles de la concentration, troubles de l’attention, troubles de la prononciation…

François : Peut-on relier visionnage précoce de la télé et dépendance aux écrans de certains jeunes (notamment pour les jeux vidéo) ? 

Serge Tisseron : Le problème de la télévision et des enfants, c’est qu’il est facile de la mettre en route, mais très souvent difficile de l’éteindre. L’enfant exposé à la télévision vit en effet des sensations et des émotions très intenses qu’il n’arrive pas à « digérer » et il ne cesse pas d’attendre que la télévision l’apaise enfin, mais cela n’arrive évidemment jamais. Du coup, l’enfant qui prend l’habitude de regarder la télévision risque de vouloir la regarder toujours plus en attendant d’elle qu’elle lui permette de « digérer » enfin tout ce qu’elle produit d’intense en lui. Et de ce fait, cet enfant a évidemment de moins en moins de temps pour jouerOr, c’est en jouant qu’il aurait la possibilité de prendre du recul par rapport à ce qu’il a éprouvé en regardant la télévision. Le risque est donc que l’enfant continue à chercher toujours plus du côté des écrans et se détourne non seulement de ses jeux solitaires mais aussi des jeux collectifs à partager avec des camarades.  Et l’enfant qui ne sait pas jouer risque donc de se tourner très vite vers les écrans de jeux vidéo : là, il a l’impression au moins de pouvoir maîtriser dans l’interaction les excitations qu’il éprouve. C’est comme la télé du point de vue des excitations, mais c’est différent parce qu’il peut les réguler à son gré. C’est comme ça qu’un gros consommateur de télévision risque de devenir un gros consommateur de jeux vidéo. C’est pourquoi, je dis toujours que la prévention des écrans excessifs à l’adolescence commence à la maternelle. 

Toulouse : Nous montrons à notre fils de 22 mois qui nous le réclame deux petits dessins animés de 5 minutes Tchoupi avec des animaux et le commentons avec lui. Pensez-vous que cela soit nuisible pour lui ? 

Serge Tisseron : Tel que vous le décrivez, non pas du tout. Le slogan « pas d’écran avant 3 ans » a pour but de mettre en garde les parents contre le danger de laisser un enfant devant un écran en croyant que cela lui fait du bien. Quand vous êtes avec votre enfant devant Tchoupi pendant dix minutes, c’est vous que votre enfant réclame parce qu’il a bien vu que vous êtes content d’être là avec lui. C’est vous qui êtes important dans le plaisir que vous prenez à ce moment et ce n’est pas TchoupiMais beaucoup d’autres parents développent de tels moments privilégiés autour d’un livre d’images ou d’un jeu de balles. L’important, ce n’est pas le support, c’est le plaisir de l’adulte et son interactivité avec le bébé. 

Thomas : Au niveau social, la télévision n’accentue-t-elle pas la timidité et ne freine-t-elle pas la communication avec autrui ?  

Serge Tisseron : La télévision fait partie des nouveaux médias dont la caractéristique est d’être définie par leur usage. Tout comme l’ordinateur, la télévision peut permettre d’être ensemble comme on le voit aujourd’hui pour les supporteurs des matches qui se réunissent autour du poste. Mais la télévision peut aussi être utilisée comme prétexte pour ne plus sortir de chez soi, voire pour ne plus communiquer avec sa famille si l’on décide de la regarder tout seul dans sa chambre. C’est pourquoi le CSA fait aussi campagne autour du slogan : « La télé, c’est mieux quand on en parle. » Je dirai même plus, la télé c’est pas ce qu’on regarde, c’est ce dont on parle. Souvent, en famille, on ne sait pas quoi se raconter. Dès qu’on commence à parler de ce que l’on voit à la télévision, on ne s’ennuie plus ! 

Martine Laronche 

http://www.lemonde.fr/aujourd-hui/chat/2009/11/17/faut-il-interdire-la-tele-aux-tout-petits_1268448_3238.html

Manuel à l’usage des parents dont les enfants regardent trop la télévision – Serge Tisseron

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J’ai remarqué que mon bébé est très attiré par la télévision : un écran lumineux, des images qui bougent, des différents sons qui se propagent… Il y a de quoi attirer l’attention d’un bébé. Je l’autorisais à regarder des dessins animés pour petits jusqu’au jour où j’ai entendu dire qu’il faut vraiment s’en abstenir. J’ai cherché alors à m’informer sur ce sujet et je retiens ces diverses raisons pour lesquelles il faut éviter à bébé de regarder la télévision :

- création d’une dépendance vis-à-vis de l’objet télévisuel,
- frein au développement intellectuel et émotionnel du bébé,
- isolement affectif,

- retard au niveau de l’apprentissage du langage (difficulté à acquérir la parole et à s’exprimer)

- passivité

- peu de place pour l’imaginaire
- troubles de la concentration

- diffusion de programmes en continu est aussi un risque de fatigue nerveuse excessive pour un bébé.

C’est ainsi que j’ai découvert l’ouvrage de Serge Tisseron intitulé Manuel à l’usage des parents dont les enfants regardent trop la télévision. Il est très bien, je vous conseille de lire ce livre pour protéger vos enfants. L’auteur traite de beaucoup de thèmes très intéressants en rapport avec l’image (cinéma, publicité, presse enfantile, jeux vidéo, sexualité, pornographie, etc.). Mon bébé a 11 mois, il est encore très jeune, mais plutôt prévenir que guérir.

Les questions posées dans l’ouvrage sont très pertinentes : en voici quelques extraits :

- Les images regardées par les enfants appauvrissent-elles leur imaginaire et faut-il regretter l’époque où on leur racontait des contes de fée ?

- A quel âge les enfants peuvent-ils commencer à avoir leur propre presse ?

- Les enfants échangent bcp entre eux autour des images à l’école. Est-ce une bonne chose ? Quel est le rôle de l’enseignant ?

- Comment savoir qu’une image peut créer un trouble ou une angoisse chez un enfant ?

- Faut-il que les parents contrôlent les horaires d’accès de leurs enfants à la télévision ?

- Y a-t-il des images à éviter absolument pour un enfant ?

- Les enfants prennent-ils plaisir aux images violentes ?

- La télé peut-elle être une « bonne baby-sitter » ?

- A quel moment un enfant fait-il la différence entre réalité et fiction ?

- Peut-on mesurer l’impact d’images violentes sur le comportement à venir d’un enfant ?

- Une scène de viol vue au cinéma ou à la télévision peut-elle interrompre le développement psychoaffectif d’un enfant ?

- Justement, comment un enfant malmené par des images reconstruit-il ses repères ?

- Un enfant qui parle des images qu’il voit est-il mieux protégé qu’un autre plus renfermé sur lui-même ?

- Certains enfants ne cherchent-ils pas des images violentes ?

- Pourquoi des enfants de douze ans regardent-ils une cassette pornographique et comment les parents peuvent-ils rétablir la différence entre cette sexualité mécanique et l’amour ?

- Les ados regardent aujourd’hui certaines émissions de télévision montrant de jeunes adultes réaliser des performances douloureuses, et en rire. Seraient-ils devenus « masos » ?

- Pourquoi cette attirance des jeunes pour le cinéma ? A partir de quel âge y amener un enfant ?

- La violence au cinéma est-elle perçue différemment de ce qu’elle est à la télévision ?

- Les scènes de baisers réalistes peuvent-elles être violentes pour un jeune spectateur ?

- La confusion des sexes dans certaines publicités entraîne-t-elle la même confusion dans l’esprit des enfants ?

- Le nouvel environnement oblige-t-il les parents à parler de sexualité plus tôt ou différemment avec leurs enfants ?

- Les jeux vidéo isolent-ils les jeunes ?

- Les jeux de rôle sont-ils une fuite hors de la réalité ?

- Y a-t-il une manière particulière aux jeunes d’utiliser Internet, et notamment des différences entre els garçons et les filles ?

- A quel âge peut-on mettre un enfant devant un écran d’ordinateur ?

- Faut-ils installer un système de verrouillage d’Internet à la maison ?

- Comment expliquer le succès d’Internet auprès des jeunes et quels changements introduit-il chez eux ?

- Internet crée-t-il la confusion dans l’esprit de nos enfants ?

Pour conclure, je dirais que Serge Tisseron, psychiatre et psyhcanalyste, incite les parents à toujours accompagner l’enfant dans sa découverte de l’image, d’être présents dans la même pièce ou à porter de voix si l’enfant regarde la télévision, afin de pouvoir lui expliquer et/ou de le rassurer si une image le malmène. Nous vivons une époque où, contrairement à celle de nos parents, il est nécessaire d’aborder des sujets plus tôt comme celui de la sexualité, pour que l’enfant ne soit pas choqué le jour où il tomberait sur ce genre d’images. Il est même conseillé de parler de la pédophilie, côté pervers de la sexualité, afin de prévenir l’enfant des dangers éventuels, donc le protéger.

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