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L’exposition à la télévision retarde le développement de l’enfant de moins de 3 ans

Interview de Serge Tisseron dans le journal Le Monde le 17/11/2009 : « L’exposition à la télévision retarde le développement de l’enfant de moins de 3 ans »

L’intégralité du débat avec Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste, auteur du livre « Les Dangers de la télé pour les bébés« , vendredi 20 novembre

Paul : Quelles sont les conséquences physiologiques d’une exposition d’un enfant de moins de trois ans devant la télé ?

Serge Tisseron : Aujourd’hui, les conséquences physiologiques d’une consommation de télévision chez l’enfant de moins de 3 ans ne sont pas mesurées. En revanche, plusieurs études américaines montrent que la télévision chez l’enfant de moins de 3 ans ne favorise pas le développement et même peut le ralentir.

Papiluc : choisir d’interdire est-ce partir sur de bonnes bases ?

 Serge Tisseron : Il faut bien distinguer ce qui se passe avant 3 ans et ce qui se passe après 3 ans. Avant 3 ans, les seules interactions dont l’enfant profite sont les interactions en vis-à-vis avec un autre humain ou avec les jouets qu’il manipule. La télévision n’apporte rien à l’enfant parce qu’elle n’est jamais interactive. En revanche, après 3 ans, le problème est plus de cadrer la durée d’écran à une heure ou une heure et demie par jour ; d’inviter l’enfant à choisir les programmes qu’il a vraiment envie de voir ; et l’inviter à parler de ce qu’il voit pour créer des interactions autour de ce qu’il a regardé. 

Françoise : Quelle durée d’exposition préconisez-vous à partir de trois ans ? Est-ce différent selon les âges ?

 Serge Tisseron : Entre 3 et 5 ans, un enfant ne bénéficie pas d’une consommation d’écran au-delà d’une heure ou une heure et demie. Son attention ne peut pas être maintenue si longtemps. A partir de 6 ans, deux heures par jour sont bien suffisantes. Mais n’oublions pas qu’il s’agit de temps d’écran qui doit prendre en compte le temps de télévision et le temps de console de jeux. Si un enfant a deux heures d’écran par jour, il peut regarder deux heures la télévision ou bien jouer deux heures aux jeux vidéo, mais il faut évidemment éviter qu’il ait quatre heures en tout. Il faut donc passer un contrat avec l’enfant qui précise son temps d’écran et lui laisser l’aménager comme il veut dans la journée et en fonction des supports. C’est une manière de l’inviter à choisir et à exercer sa liberté. 

Amandine : La télévision chez l’enfant de moins de 3 ans ne favorise pas le développement quand c’est à haute dose. Mais la regarder comme on fait une autre activité est-ce vraiment problématique ? 

Serge Tisseron : Il existe deux types d’études sur les conséquences de la télévision chez le jeune enfant. Les premières montrent que l’enfant qui regarde la télévision développe plus lentement l’acquisition du langage ; et les secondes montrent qu’un bébé qui joue dans une pièce où un téléviseur est allumé a des périodes de jeu moins longues. Or, la durée des jeux spontanés d’un bébé est le meilleur indicateur de son développement futur. C’est pourquoi les chercheurs déconseillent même actuellement de faire jouer un bébé dans une pièce où un téléviseur est allumé. 

Greg : J’ai une fille de 14 mois et il nous arrive de lui faire regarder « Bébé Einstein » de Disney. Elle semble hypnotisée pas ce genre de DVD. Quels sont pour vous les dangers de ce genre de DVD éducatif ? 

Serge Tisseron : Il y a quelques mois, un parent américain a porté plainte contre le fabricant de ce DVD « Baby Einstein » parce qu’il avait lu dans des journaux que des chercheurs américains avaient montré que ce genre de DVD retarde les acquisitions. Le procès a été jugé. Les partisans et les défenseurs de ce DVD ont été entendus. Et le jugement a été sans appel : les fabricants de « Baby Einstein » ont été condamnés pour publicité mensongère et sont actuellement obligés de rembourser le prix du DVD, c’est-à-dire 17 dollars, à tous les parents américains qui en font la demande. 

Digne : Quelle est l’alternative si on décide d’interdire l’enfant de moins de 3 ans de télé ? 

Serge Tisseron : Demandez à votre grand-mère ! Un bébé de moins de 3 ans peut jouer tout seul en présence d’un adulte qui fait autre chose à condition que cet adulte prenne tous les jours un petit moment pour accompagner jeu du bébé et le renforcer

Helene : Regarder la télé favorise-t-il le syndrome d’hyperactivité chez les enfants ? 

Serge Tisseron : Ce qu’on appelle le syndrome d’hyperactivité est quelque chose de très précis et aucun lien avec la consommation de télévision n’a été démontré à ce jour. En revanche, il est certain que la consommation de télévision excite l’enfant sans jamais le calmer et peut donc provoquer des troubles de la concentration et de l’attention dans les moments qui suivent. C’est pour cela qu’il vaudrait mieux qu’un enfant ne regarde pas la télévision le matin avant d’aller à l’école et le soir, juste avant de se coucher

Aline : J’ai 20 ans et j’ai grandi sans la télé… Mais avec une souris au bout de la main, j’ai très tôt appris à utiliser un ordinateur (avec des logiciels comme Adibou, etc.). Que pensez vous des ordinateurs ? Est ce aussi mauvais que la télévision ?  

Serge Tisseron : Le slogan « pas d’écran avant 3 ans » ne concerne pas seulement la télévision mais toutes les formes d’écran. Bien sûr, un enfant peut bénéficier d’un accompagnement exceptionnel dans sa découverte de DVD ou de jeux sur ordinateur, mais c’est l’exception. La règle est qu’il vaut mieux éviter les écrans d’ordinateurs avant 3 ans autant que l’écran de télévision L’avantage de l’ordinateur est d’être interactif, mais son inconvénient est qu’il oblige l’enfant à suivre des modifications sur un écran vertical alors que sa main se déplace sur un plan horizontal. Très souvent, le bébé regarde sa main ou bien il regarde l’écran, mais la plupart des jeunes enfants n’arrivent pas à faire le lien entre les deux. Et c’est normal pour la plupart d’entre eux. Il vaut donc mieux éviter de proposer cette activité aux jeunes enfants : elle n’est pas adaptée à leur développement pour la plupart et les parents des enfants qui n’y arrivent pas risqueraient de s’inquiéter inutilement. 

Marie : Le problème est-il le même si l’enfant regarde des dessins animés sur écran d’ordinateur ? 

Serge Tisseron : Avant l’âge de 3 ans, il n’existe aucune différence dans les réactions d’un enfant quels que soient les programmes qu’on lui présente. A partir de 3 ans, l’enfant commence à repérer des petites séquences narratives dans les programmes qu’il regarde et il vaut donc mieux qu’il ait quelques DVD à sa disposition plutôt que de regarder la télévision. Il peut ainsi choisir le dessin animé qu’il a envie de regarder et, en le visionnant plusieurs fois, il peut comprendre petit à petit le scénario. Les parents peuvent également, si l’enfant regarde des DVD, parler plus facilement avec lui de ce qu’il regarde, puisqu’ils peuvent les regarder eux aussi. 

Algue : Comment les bébés perçoivent-ils la télévision ? Peuvent-ils « comprendre » certains contenus ? 

Serge Tisseron : Nous n’avons pas aujourd’hui une image précise de la façon dont les bébés voient les images, ni même le monde environnant. Il est certain, en revanche, que la plupart des objets représentés sur les écrans ne signifient rien pour eux. Il est clair aussi qu’ils ne perçoivent pas les enchaînements narratifs. Mais ils sont très sensibles aux variations de lumière, de couleurs et de plan : ils peuvent d’ailleurs être effrayés par un changement brutal de plan qu’un adulte ne remarque même pas. Lorsque l’on met un bébé devant un écran, on observe deux choses : tout d’abord ceux qui ne s’écartent pas pour faire autre chose sont fascinés et ils essaient de répéter les actions qu’ils voient accomplies sur l’écran. Mais ces deux attitudes correspondent à ce qui se passe quand un enfant est avec un adulte qui s’occupe de lui. Et la différence, c’est que là, l’imitation correspond à un apprentissage réel parce qu’elle est en situation. L’imitation par un bébé de ce qu’il voit sur l’écran est complètement coupée de sa vie réelle et ne peut que brouiller ses repères. 

Guest : Ma voisine rend la télé responsable de la dyslexie de sa fille de 9 ans. Petite, elle serait trop restée devant la TV à cause de graves problèmes de santé de la mère. Pouvez-vous confirmer un tel effet à long terme, suite à une exposition prolongée et trop précoce ? 

Serge Tisseron : Aucune recherche ne démontre à ce jour un lien entre la dyslexie et l’exposition à la télévision. En fait, la seule chose que nous savons, c’est que l’exposition à la télévision retarde le développement du bébé ; et probablement, elle peut majorer des difficultés qui existaient par ailleurs, mais qu’elle n’a pas produites. C’est pour cela qu’il n’existe pas un symptôme précis qu’on pourrait appeler « symptôme de l’exposition excessive à la télévision ». Mais, comme elle gêne le développement, elle peut probablement aggraver tous les troubles qu’un enfant peut présenter : troubles du sommeil, troubles de la concentration, troubles de l’attention, troubles de la prononciation…

François : Peut-on relier visionnage précoce de la télé et dépendance aux écrans de certains jeunes (notamment pour les jeux vidéo) ? 

Serge Tisseron : Le problème de la télévision et des enfants, c’est qu’il est facile de la mettre en route, mais très souvent difficile de l’éteindre. L’enfant exposé à la télévision vit en effet des sensations et des émotions très intenses qu’il n’arrive pas à « digérer » et il ne cesse pas d’attendre que la télévision l’apaise enfin, mais cela n’arrive évidemment jamais. Du coup, l’enfant qui prend l’habitude de regarder la télévision risque de vouloir la regarder toujours plus en attendant d’elle qu’elle lui permette de « digérer » enfin tout ce qu’elle produit d’intense en lui. Et de ce fait, cet enfant a évidemment de moins en moins de temps pour jouerOr, c’est en jouant qu’il aurait la possibilité de prendre du recul par rapport à ce qu’il a éprouvé en regardant la télévision. Le risque est donc que l’enfant continue à chercher toujours plus du côté des écrans et se détourne non seulement de ses jeux solitaires mais aussi des jeux collectifs à partager avec des camarades.  Et l’enfant qui ne sait pas jouer risque donc de se tourner très vite vers les écrans de jeux vidéo : là, il a l’impression au moins de pouvoir maîtriser dans l’interaction les excitations qu’il éprouve. C’est comme la télé du point de vue des excitations, mais c’est différent parce qu’il peut les réguler à son gré. C’est comme ça qu’un gros consommateur de télévision risque de devenir un gros consommateur de jeux vidéo. C’est pourquoi, je dis toujours que la prévention des écrans excessifs à l’adolescence commence à la maternelle. 

Toulouse : Nous montrons à notre fils de 22 mois qui nous le réclame deux petits dessins animés de 5 minutes Tchoupi avec des animaux et le commentons avec lui. Pensez-vous que cela soit nuisible pour lui ? 

Serge Tisseron : Tel que vous le décrivez, non pas du tout. Le slogan « pas d’écran avant 3 ans » a pour but de mettre en garde les parents contre le danger de laisser un enfant devant un écran en croyant que cela lui fait du bien. Quand vous êtes avec votre enfant devant Tchoupi pendant dix minutes, c’est vous que votre enfant réclame parce qu’il a bien vu que vous êtes content d’être là avec lui. C’est vous qui êtes important dans le plaisir que vous prenez à ce moment et ce n’est pas TchoupiMais beaucoup d’autres parents développent de tels moments privilégiés autour d’un livre d’images ou d’un jeu de balles. L’important, ce n’est pas le support, c’est le plaisir de l’adulte et son interactivité avec le bébé. 

Thomas : Au niveau social, la télévision n’accentue-t-elle pas la timidité et ne freine-t-elle pas la communication avec autrui ?  

Serge Tisseron : La télévision fait partie des nouveaux médias dont la caractéristique est d’être définie par leur usage. Tout comme l’ordinateur, la télévision peut permettre d’être ensemble comme on le voit aujourd’hui pour les supporteurs des matches qui se réunissent autour du poste. Mais la télévision peut aussi être utilisée comme prétexte pour ne plus sortir de chez soi, voire pour ne plus communiquer avec sa famille si l’on décide de la regarder tout seul dans sa chambre. C’est pourquoi le CSA fait aussi campagne autour du slogan : « La télé, c’est mieux quand on en parle. » Je dirai même plus, la télé c’est pas ce qu’on regarde, c’est ce dont on parle. Souvent, en famille, on ne sait pas quoi se raconter. Dès qu’on commence à parler de ce que l’on voit à la télévision, on ne s’ennuie plus ! 

Martine Laronche 

http://www.lemonde.fr/aujourd-hui/chat/2009/11/17/faut-il-interdire-la-tele-aux-tout-petits_1268448_3238.html

Manuel à l’usage des parents dont les enfants regardent trop la télévision – Serge Tisseron

pasdetv.bmpManuel à l’usage des parents dont les enfants regardent trop la télévision – Serge Tisseron

J’ai remarqué que mon bébé est très attiré par la télévision : un écran lumineux, des images qui bougent, des différents sons qui se propagent… Il y a de quoi attirer l’attention d’un bébé. Je l’autorisais à regarder des dessins animés pour petits jusqu’au jour où j’ai entendu dire qu’il faut vraiment s’en abstenir. J’ai cherché alors à m’informer sur ce sujet et je retiens ces diverses raisons pour lesquelles il faut éviter à bébé de regarder la télévision :

- création d’une dépendance vis-à-vis de l’objet télévisuel,
- frein au développement intellectuel et émotionnel du bébé,
- isolement affectif,

- retard au niveau de l’apprentissage du langage (difficulté à acquérir la parole et à s’exprimer)

- passivité

- peu de place pour l’imaginaire
- troubles de la concentration

- diffusion de programmes en continu est aussi un risque de fatigue nerveuse excessive pour un bébé.

C’est ainsi que j’ai découvert l’ouvrage de Serge Tisseron intitulé Manuel à l’usage des parents dont les enfants regardent trop la télévision. Il est très bien, je vous conseille de lire ce livre pour protéger vos enfants. L’auteur traite de beaucoup de thèmes très intéressants en rapport avec l’image (cinéma, publicité, presse enfantile, jeux vidéo, sexualité, pornographie, etc.). Mon bébé a 11 mois, il est encore très jeune, mais plutôt prévenir que guérir.

Les questions posées dans l’ouvrage sont très pertinentes : en voici quelques extraits :

- Les images regardées par les enfants appauvrissent-elles leur imaginaire et faut-il regretter l’époque où on leur racontait des contes de fée ?

- A quel âge les enfants peuvent-ils commencer à avoir leur propre presse ?

- Les enfants échangent bcp entre eux autour des images à l’école. Est-ce une bonne chose ? Quel est le rôle de l’enseignant ?

- Comment savoir qu’une image peut créer un trouble ou une angoisse chez un enfant ?

- Faut-il que les parents contrôlent les horaires d’accès de leurs enfants à la télévision ?

- Y a-t-il des images à éviter absolument pour un enfant ?

- Les enfants prennent-ils plaisir aux images violentes ?

- La télé peut-elle être une « bonne baby-sitter » ?

- A quel moment un enfant fait-il la différence entre réalité et fiction ?

- Peut-on mesurer l’impact d’images violentes sur le comportement à venir d’un enfant ?

- Une scène de viol vue au cinéma ou à la télévision peut-elle interrompre le développement psychoaffectif d’un enfant ?

- Justement, comment un enfant malmené par des images reconstruit-il ses repères ?

- Un enfant qui parle des images qu’il voit est-il mieux protégé qu’un autre plus renfermé sur lui-même ?

- Certains enfants ne cherchent-ils pas des images violentes ?

- Pourquoi des enfants de douze ans regardent-ils une cassette pornographique et comment les parents peuvent-ils rétablir la différence entre cette sexualité mécanique et l’amour ?

- Les ados regardent aujourd’hui certaines émissions de télévision montrant de jeunes adultes réaliser des performances douloureuses, et en rire. Seraient-ils devenus « masos » ?

- Pourquoi cette attirance des jeunes pour le cinéma ? A partir de quel âge y amener un enfant ?

- La violence au cinéma est-elle perçue différemment de ce qu’elle est à la télévision ?

- Les scènes de baisers réalistes peuvent-elles être violentes pour un jeune spectateur ?

- La confusion des sexes dans certaines publicités entraîne-t-elle la même confusion dans l’esprit des enfants ?

- Le nouvel environnement oblige-t-il les parents à parler de sexualité plus tôt ou différemment avec leurs enfants ?

- Les jeux vidéo isolent-ils les jeunes ?

- Les jeux de rôle sont-ils une fuite hors de la réalité ?

- Y a-t-il une manière particulière aux jeunes d’utiliser Internet, et notamment des différences entre els garçons et les filles ?

- A quel âge peut-on mettre un enfant devant un écran d’ordinateur ?

- Faut-ils installer un système de verrouillage d’Internet à la maison ?

- Comment expliquer le succès d’Internet auprès des jeunes et quels changements introduit-il chez eux ?

- Internet crée-t-il la confusion dans l’esprit de nos enfants ?

Pour conclure, je dirais que Serge Tisseron, psychiatre et psyhcanalyste, incite les parents à toujours accompagner l’enfant dans sa découverte de l’image, d’être présents dans la même pièce ou à porter de voix si l’enfant regarde la télévision, afin de pouvoir lui expliquer et/ou de le rassurer si une image le malmène. Nous vivons une époque où, contrairement à celle de nos parents, il est nécessaire d’aborder des sujets plus tôt comme celui de la sexualité, pour que l’enfant ne soit pas choqué le jour où il tomberait sur ce genre d’images. Il est même conseillé de parler de la pédophilie, côté pervers de la sexualité, afin de prévenir l’enfant des dangers éventuels, donc le protéger.

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